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Après avoir atteint un pic en 2005, le nombre des enfants étrangers adoptés en France ne cesse de diminuer. Une tendance lourde, explique l’historien angevin Yves Dénèchère. Entretien.

Professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Angers, Yves Dénèchère est l’auteur de Des enfants venus de loin, histoire de l’adoption internationale en France (Armand Colin).

Depuis quand le nombre des adoptions internationales diminue-t-il ?

L’arrivée d’enfants de pays du tiers-monde a commencé dans les années 1960. Ça ne concernait que quelques dizaines d’enfants par an. Le phénomène se développe dans les années 1970 et atteint un millier d’enfants au début des années 1980. Le nombre va augmenter jusqu’en 2005, avec plus de 4 100 enfants. Depuis, il diminue. En 2011, on était à 1 995 enfants adoptés. En 2012, 1 569 visas ont été délivrés. Cette baisse touche tous les pays d’accueil.

Pourquoi ?

Les pays qui envoient des enfants améliorent aussi la prise en charge sur place : on ouvre des orphelinats, on aide les mères à garder leurs enfants, on favorise l’adoption locale… Politiquement, c’est difficile pour un État de se montrer incapable de s’occuper de ses propres enfants. L’opinion publique le vit mal. Vis-à-vis des pays étrangers, c’est apparaître en position de faiblesse. Certains pays renversent le problème et imposent des conditions de plus en plus exigeantes aux pays d’accueil.

Les règles internationales se sont aussi durcies…

La convention de La Haye (1993) rappelle que c’est l’intérêt supérieur de l’enfant qui doit primer. L’adoption, c’est donner une famille à un enfant qui n’en a pas. À partir des années 1970-1980, on s’en est éloigné : pour certains, c’était donner un enfant à un couple qui n’en avait pas. Pour la convention, toute forme d’adoption nationale ou autre prise en charge dans les pays d’origine doit être privilégiée.

L’attente risque-t-elle d’être longue pour les quelque 25 000 couples titulaires d’un agrément ?

Aujourd’hui, un jeune couple infertile qui se tourne vers l’adoption internationale a très, très peu de chance d’adopter un bébé. De plus en plus, les enfants offerts à l’adoption sont des enfants « à spécificité » : âgés, handicapés, nécessitant une prise en charge médicale lourde… La Chine réserve ses bébés en bonne santé à l’adoption nationale. Quant aux couples homosexuels mariés, ils ne pourront pas adopter à l’étranger. Beaucoup de pays sources se méfient des candidatures de célibataires, pensant qu’elles cachent des couples homosexuels. En Belgique, il n’y a eu aucune adoption internationale par des couples homosexuels depuis l’autorisation de 2006.

Il n’y a donc pas d’espoir que les adoptions repartent ?

Désormais, les pays qui ont la main sur les berceaux imposent leurs conditions. À court terme, il n’y aura pas d’augmentation de l’adoption internationale. C’est pourquoi l’accent est mis sur une réforme de l’adoption des enfants français, dont le nombre reste stable : environ 800 chaque année. Est-ce qu’il ne pourrait pas y avoir plus d’enfants adoptables ?

Recueilli par Serge POIROT.
Source : Ouest-France
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